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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 16:45
       Pierre-Jakez Hélias relate ce qu'il a vécu durant son enfance dans les années 1920.


      Nous nous mettons bientôt à la torture, bourrés de bonne volonté, pour fabriquer de petites phrases en français. Est-ce de notre faute si des mots bretons se glissent dedans ? D'ailleurs le maître est le seul à s'en apercevoir. Quand il assène un coup de règle sur la table, nous savons que nous avons failli. Il reprend la phrase avec le mot français. "J'ai vu eur c'hewde ce matin", dit l'un de nous. Le maître écrit au tableau : une alouette. Répétez : "J'ai vu une alouette ce matin". Mais quelquefois lui-même, empêtré dans ses définitions, voyant qu'il n'est pas compris, finit par avoir recours au mot breton quand il n'a pas d'image à sa disposition. Avec les images, cela va tout seul. Il nous montre un château, nous pensons maner, il dit ceci est un château. Bon, maner et château c'est pareil.
      Ensuite nous trouvons le mot manoir dans notre livre. Il explique que c'est un petit château. Très bien. Donc un château c'est un maner braz. C'est entendu. Ce jeu-là nous fait même plaisir. Le maître, sévère, avec une petite lueur dans l'oeil, est bien obligé de souffler le terme breton.
      Toute la classe sourit, respire à l'aise, soulagée. Ah ! C’était donc cela ! Mais nous avons remarqué qu’il n’a recours à "notre mot" qu’à contrecoeur.

 

Pierre-Jakez Hélias
Le Cheval d'Orgueil, Mémoires d'un Breton en pays bigouden
Plon, 1975




xavier-de-langlais.jpg      











Xavier de Langlais
Komzit brezoneg d'in mammig !
(Parle-moi breton, petite mère !)
Gravure sur bois
   

commentaires

S
<br /> Un sujet original... sourire<br /> <br /> <br />
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