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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 18:13

Rien en cadeau, tout emprunté.

Je suis endettée jusqu'aux oreilles.

Il faudra que je rembourse,

que je paie ma vie de ma vie.

 

C'est ainsi que les choses se font.

Le coeur est à restituer,

le foie est à restituer

et un à un chaque doigt.

 

Trop tard pour dénoncer les termes du contrat.

On m'arrachera le remboursement des dettes

avec la peau.

 

Je marche entourée de partout

par une foule d'autres endettés.

Les uns sont sous le coup

de remboursements d'ailes.

D'autres, nolens volens

devront s'acquitter de leurs feuilles.

 

Dans la colonne Débit

figurent tous nos tissus.

Pas un cil, pas un pédoncule

à conserver pour toujours.

 

Le registre est précis,

et c'est l'évidence même :

on restera les mains vides.

 

Je n'arrive pas à me rappeler

quand, où et pourquoi

j'avais pu autoriser

l'ouverture de ce compte.

 

Y faire opposition

cela s'appelle une âme.

Et c'est l'unique avoir

que le registre ignore.

 

 

 

Wislawa Szymborska

De la mort sans exagérer

Poésie Fayard

 

 

 

 

vanya-hollet

Vanya Hollet

Pélerinage

 

(voir ses autres oeuvres)

 

commentaires

S
<br /> Très émouvant...<br /> <br /> <br />
Répondre
A
<br /> je n'avais jamais pensé à la mort en ces termes, c'est vraiment très fort cette<br /> idée que tout nous est prêté et que nous sommes débiteurs de notre vie<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> Merci pour ce texte très émouvant.<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> Un poème fort à la rive de l'être.<br /> <br /> <br />
Répondre

 

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Deux voix, deux coeurs, deux couleurs, un zeste de poésie, d'humour et de complicité